On nie les illusions passées qui nous perdirent au coeur d'un désespoir encore plus inextricable que le maillage serré d'une vie refusée, fuie, elle-même submergée par l'illusion.
On se réfugie dans l'hypocrite amour du soi, diminué à l'idolâtrie de lambeaux de soi.
On surpasse Narcisse, et on écrit.
On prétend ainsi accomplir un acte sublime, héroïque, pour échapper à la réalité d'une prostitution morale égocentrique : dire « je ».
On n'a jamais rien eu à dire, mais on écrit.
On prétend sublimer la forme.
On se complait.
On feint d'ignorer nos crimes d'abandon.
On refuse l'idée de la mort en réfutant la possibilité de vivre (debout).
On regarde ses pieds quand l'amour est en face.
On a l'envie de vomir, mais on attend.
On attend.
On provoque soi-même sa perte, par l'exaspération de la crainte.
On chasse le bonheur hors de nos lieux communs.
On refuse de voir sa chance
Et on pleure.
On se plaint.
On prouve son néant.
On dort.
« Je ne veux plus écrire » :
Tiens, encore, on se ment !
Je ne peux plus écrire.
